Enfance

Nous avons un dicton ici, en Norvège : il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vêtements. Je ne sais même plus combien de fois je l’ai entendu lorsque j’étais enfant. À l’époque, le blizzard ou le froid glacial n’étaient pas une raison valable pour ne pas aller à l’école. Tu mets une couche supplémentaire, et c’est parti !

 

Les trajets à pied, au retour de l’école, par les journées d’hiver les plus difficiles, comptent parmi mes meilleurs souvenirs d’enfance. Dans ces températures polaires, le monde paraissait notre terrain de jeu. Le chemin était long pour rentrer chez nous, et traversait souvent des champs et des forêts où nous construisions nos petits châteaux de neige. Le temps passait vite et nous rentrions souvent transis. Mais cela n’avait aucune importance. Nous avions vécu l’aventure.

 

Lorsque je repense à mon enfance, je réalise la chance que j’ai eu de grandir près de la nature, dans une famille qui partait régulièrement en montagne pour randonner, pêcher, skier, camper, etc.

 

L’adoption très jeune de cet état d’esprit selon lequel « Il n’y a pas de mauvais temps » m’a façonné en tant que photographe et que personne. J’ai appris à apprécier les climats les plus difficiles et à voir la beauté dans les moments où la plupart des gens préfèrent rester devant leur cheminée.

 

 

C’est sans doute pour cela que j’ai déménagé de plus en plus au nord au fil du temps, et que j’habite désormais au-dessus du cercle polaire. Un lieu où le soleil ne se lève pas pendant l’hiver et ne se couche pas pendant l’été. Un lieu où, au moment où j’écris ces lignes, le soleil se cache derrière une épaisse couche de nuages de pluie depuis maintenant trois semaines.

 

Pour un photographe de paysages, c’est un climat très intéressant à capturer. La photographie, et l’art en général, implique souvent de sortir de sa zone de confort et de se mettre activement en difficulté. C’est plus gratifiant, non seulement pour soi, en tant que créateur, mais également pour la personne qui visionnera la photo. Les images qui transmettent une histoire tendent à se démarquer. Et les images qui transmettent les meilleures histoires sont souvent celles pour laquelle vous avez dû lutter.

 

C’est l’un des principaux sujets sur lesquels je me concentre lorsque j’enseigne la photographie de paysage. Dès que vous êtes trop à l’aise, votre créativité marque une pause. Tout devient une routine.

 

 

Je vous encourage à aborder un paysage avec l’état d’esprit d’un enfant. Restez curieux. Soyez prêt à l’inconfort.

 

Certaines de mes images préférées ont été réalisées à des moments où j’aurais très largement préféré être sur mon canapé, avec une tasse de chocolat chaud et un bon film plutôt que de sortir affronter le froid, la pluie battante ou le blizzard.

 

L’image ci-dessous en est une bonne illustration. Elle a été capturée début juin, dans un lieu isolé des îles Lofoten. La température était d’environ 0°C, et un mélange de neige et de pluie tombait, nous mouillant jusqu’aux os. Mais nous avons voulu poursuivre notre marche. Nous planté nos tentes et sommes partis vers une zone où peu de gens sont allés – un lieu éloigné des sentiers et de toute vie humaine. C’est la curiosité et le sens de l’aventure qui nous guidaient. Nous espérions capturer une image qui justifierait tous ces efforts.

 

 

Je me souviens clairement de ce moment : mes jambes fatiguaient, mes pieds étaient trempés et mon moral commençait à baisser. Tout cela paraissait très compliqué, avec le risque de ne rien obtenir, à part un coup de froid. Je me suis assis et j’ai pris une minute pour observer les environs. C’est alors que l’enfant en moi m’a chuchoté « Et si on allait voir ce qu’il y a derrière cette colline ? » C’était exactement ma manière de penser étant enfant. Et il s’avère que des années plus tard, elle reste toujours valide.

 

Que vous soyez photographe, graphiste, artiste numérique ou que vous ayez une autre activité créative, je vous conseille fortement d’approcher votre travail avec cet état d’esprit enfantin. Ne vous limitez pas en cherchant à faire les choses parfaitement. Embrassez votre curiosité et demandez-vous « Et si ? ». Parfois cela paie. Parfois non. Le seul moyen de le savoir est d’essayer.

 

 

Enfin : n’oubliez pas qu’il n’y a pas de mauvais temps : juste de mauvais vêtements.

 
 

A propos de l'auteur – Christian Hoiberg

 

Je m'appelle Christian Holberg et je suis un photographe norvégien spécialisé dans les paysages. La nature et la photographie sont pour moi un moyen de décompresser, et j'aime vous emmener avec moi dans les endroits célèbres ou inconnus que je visite.

 

Je suis actuellement basé aux îles Lofoten, bien connues pour leurs paysages de montagne, que j'aime à explorer et photographier. Lorsque je ne suis pas en train de travailler à un projet personnel ou d'organiser un workshop quelque part dans l'Arctique, je suis devant mon ordinateur pour préparer des contenus éducatifs que je partage avec les lecteurs de CaptureLandscapes.

 

Type de photographie : Photographie de paysages