Friend with Vision Datacolor Chris Martin Scholl – Interview dans le magazine allemand DOCMA

Le célèbre magazine consacré à l’édition d’images DOCMA a interviewé notre Friend with Vision Chris Martin Scholl à l’occasion de son édition de septembre. Il en résulte le portrait passionnant d’un photographe moderne qui a parcouru le chemin vers les racines de son art, d’Instagram à l’image imprimée. Ses photographies urbaines géométriques et réduites sont idéalement adaptées au tirage haute-qualité.

 

 

Chris Martin Scholl – D’Instagram à l’impression beaux-arts

 

Depuis dix ans, il parcourt le monde et vit le rêve de tout photographe lifestyle. Nous avons retrouvé Chris Martin Scholl, 35 ans, pour un café à Berlin.

 

DOCMA : Lorsqu’on regarde votre portfolio, il apparaît clairement que vous avez deux sujets principaux : l’architecture et le lifestyle. Pouvez-vous nous dire comment vous avez fait de ces deux thèmes votre métier ?

 

Chris Martin Scholl : C’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Mais je vais essayer : dans mon approche, le lifestyle est un récit. C’est un sujet qui demande à être raconté. Les clients qui me demandent ces récits visuels peuvent, par exemple, être des chaînes hôtelières. Pour eux, je conçois des « récits de voyage ». Concrètement, cela signifie que je recherche dans chaque ville des lieux intéressants que je mets ensuite en scène dans des images propres à mon style, lesquelles sont ensuite utilisées pour produire des articles de blog ou de magazine lorsque le client dispose de ses propres médias imprimés. Ce travail dépasse souvent le simple cadre de la photographie et peut rejoindre le journalisme.

 

D’autres clients, comme Canon ou Western Digital, travaillent dans le monde de la technologie. Pour eux, j’écrits des rapports d’expérience sur l’usage concret que je fais de leurs produits, et j’utilise mes images pour les aider à les améliorer.

 

DOCMA : Comment êtes-vous arrivé à la photographie ?

 

Chris Martin Scholl : Avant de découvrir la photographie, je voyageais beaucoup en tant que producteur musical, en marge de mes études d’informatique. J’ai commencé par prendre des photos pour moi-même. Mais l’activité a pris de plus en plus de place jusqu’à ce que je décide d’en faire une activité réelle. Depuis, je voyage dans les villes du monde entier dès que je le peux. J’y ressens une forme d’« isolement » que je peux exprimer dans mes images. En général, je visite les environnements urbains au petit matin ou tard le soir, et je peux explorer leurs structures, leurs formes et leurs couleurs sans être distrait. J’ai une attirance particulière pour les photos prises à la lumière naturelle de la nuit, sans êtres humains. C’est resté un hobby pendant très longtemps. En 2015, j’ai découvert Instagram et le potentiel que ce réseau pouvait m’apporter pour présenter mon travail. C’est à ce moment que j’ai commencé à me professionnaliser.

 

DOCMA : Mais concrètement, je suppose que vous ne vous contentez pas d’arriver dans une ville et de vous y promener pendant des semaines jusqu’à trouver des sujets qui vous intéressent ?

 

Chris Martin Scholl : (rires) Non, bien sûr que non ! Mes voyages durent généralement quatre semaines et le temps est précieux : trois à quatre jours dans une métropole doivent suffire à prendre les photos les plus importantes. Pour que cela fonctionne, je dois effectuer un important travail de recherche. Je regarde les villes d’un point de vue architectural. J’utilise Google Earth pour identifier les centres anciens et les nouveaux quartiers d’affaire. Je parcours les rues dans Google Streetview et je planifie mes itinéraires dans Google Maps. La plupart du temps ce système fonctionne bien. J’ai cependant régulièrement des problèmes en Chine, car les cartes disponibles sont souvent fausses ou trompeuses. Mon expérience me permet aujourd’hui de déterminer à partir des photos aériennes si un lieu offre des sujets intéressants. En résulte une liste de sujets que travaille ensuite sur place après avoir établi un ordre de priorité. Les meilleures images ne sont pas nécessairement réussies du premier coup. Je passe beaucoup de temps à explorer les lieux pour déterminer le point de vue le plus intéressant et l’horaire le plus adapté. J’applique une maxime : « Moins de lumière, c’est plus ».

 

 

DOCMA : Quel est votre rapport à l’édition des photos ?

 

Chris Martin Scholl : Pour donner l’aspect graphique que j’aime à mes images, le post-traitement est bien sûr nécessaire. Ici aussi, ma devise est « Moins c’est plus ». Lors du développement basique, je me contente de renforcer un peu les contrastes. Les corrections de couleur sont plus complexes. Je prends mes images dans des versions où les couleurs sont réduites. Je cherche une, deux, voire trois couleurs dominantes que j’amplifie ensuite par des corrections HSL, c’est à dire des changements de teinte, de saturation et de luminosité. La plupart du temps, je désature toutes les autres couleurs pour que seules les dominantes soient détectables. Je n’aime pas avoir un spectre complet dans mes images et j’essaie de mettre en valeur les informations essentielles dans ce domaine.

 

Je procède de façon très similaire concernant les détails. Je retouche dans Photoshop tous les éléments que je n’ai pas pu cacher lors de la prise de vue et dont je pense qu’ils n’ont pas leur place et nuisent à la pureté de l’impression graphique. Bien sûr, mes photos n’ont de ce fait plus de prétention documentaire. Il s’agit cependant toujours d’images d’éléments existants. Je n’irais pas par exemple jusqu’à assembler les sujets de trois photographies différentes en une seule pour des raisons esthétiques. Mes images doivent montrer quelque chose de réel, mais toutes les poubelles, tous les panneaux et tous les graffitis n’ont pas nécessairement besoin d’être inclus. Si je remarque lors de la prise de vue que trop d’éléments nécessiteraient une retouche, je laisse tomber et ne prends pas la photo.

 

DOCMA : Contrairement à beaucoup de photographes, qui se consacrent à la publication en ligne, vous imprimez vos images et vous les vendez en éditions limitées. Pourquoi cet attrait pour le tirage ?

 

Chris Martin Scholl : Lors de l’édition, j’accorde une attention particulière à mes photos. J’y passe trop de temps et de travail pour me contenter de mettre l’image sur le web, où elles seront vues pendant une ou deux secondes seulement. C’est en réalisant cela que j’ai décidé de réaliser un tirage au moins pour chacune de mes meilleures images. Pour moi, le processus d’impression est la conclusion créative d’un projet pictural. D’un côté, cela prolonge le travail sur une image, de l’autre, cela augmente sa valeur. Les images imprimées de disparaissent pas d’un disque dur. Vous pouvez les avoir en main, les accrocher à un mur ou les offrir. Vous pouvez également les vendre, bien sûr. Cela permet en outre de créer ce que les Américains appellent un « body of work », une collection tangible de résultats que vous pouvez compiler encore et encore. Je préfère cela à un classement en ligne.

 

DOCMA : Et concernant les obstacles techniques, comme la gestion des couleurs ?

 

Chris Martin Scholl : Une fois qu’on l’a appris, ce n’est plus vraiment un problème. Il suffit globalement d’étalonner son moniteur avec un colorimètre comme le Spyder de Datacolor. Après cela, vous pouvez faire confiance aux couleurs que vous voyez vous-même. Cela suffit à des résultats fiables si vous travaillez avec un bon prestataire. Si vous imprimez vous-même, vous devez également être capable de bien gérer les profils colorimétriques. Mais vous pouvez les télécharger sur les sites internet des constructeurs ou, si nécessaire, les mesurer vous-mêmes avec un appareil comme le SpyderPrint.

 

 

DOCMA : Parlons un instant de votre modèle économique. Comment parvenez-vous à vivre de cette forme de photographie, si libre en apparence ?

 

Chris Martin Scholl : Comme je l’ai évoqué, je travaille pour des clients très différents dans les secteurs hôtelier, technologique et lifestyle. En général, je suis recruté pour des missions spécifiques qui impliquent de prendre des photos dans mon style propre.

 

Mes voyages sont un peu différents. Ils impliquent de déterminer une destination et de rechercher des partenaires parmi mes clients potentiels. Ceux-ci obtiennent une partie de mes images, des articles de blogs et d’autres services qu’ils peuvent utiliser pour leurs propres canaux de communication. En retour, je reçois une somme modique, un hébergement ou la prise en charge d’autres frais de voyage. Bien sûr, ça ne permet pas de devenir riche ! (rires) Au quotidien, je travaille parfois pour un magazine de quartier ici, à Berlin, et je vends mes tirages. Dès que j’ai un trou dans mes commandes, je le comble avec mon travail habituel de développeur logiciel.

 

J’ai également constaté ces derniers temps une demande croissante pour les webinaires sur le tirage que j’organise en collaboration avec Datacolor.

 
 

About the Author – Chris Martin Scholl

 

 

Chris Martin Scholl est un photographe professionnel originaire de Berlin. Il est spécialisé dans l'architecture et dans les environnements urbains mais travaille également dans la photo lifestyle.

 

Ces dernières années, il a visité de nombreuses métropoles et s'est constitué un vaste portfolio composé des bâtiments les plus impressionnants du monde.

 

Sa clientèle comprend certaines des marques et organisations les plus célèbres, dont Four Seasons, Grand Hyatt, G-Technology, Master & Dynamic et visitBerlin.

 

Il est également ambassadeur officiel de Canon Allemagne et de Western Digital, et il est membre du Masters Program de MOAB.

 

Son travail a tendance à transmettre une impression de mystère et emmène le spectateur dans des endroits qui sont généralement hors de portée du public.