Un voyage dans les Montagnes maudites

 

J’ai parcouru bien des routes difficiles, du désert de Californie jusqu’aux montagnes de Bosnie ou de Géorgie en passant par les chemins de l’Ouganda ou du Zimbabwe. Mais c’est ce moment, où j’essayais de manœuvrer mon 4×4 de location sur les routes de montagne étroites et sinueuses des Alpes albanaises tandis que ma mère de 70 ans s’agrippait autant qu’elle le pouvait à la poignée au-dessus de la portière, qui m’a fait comprendre pourquoi les habitants de la région appellent ce massif « les Montagnes maudites ».

 

 

Ce voyage était un cadeau d’anniversaire pour ma mère, un road trip de 10 jours à travers les Balkans. Mais en feuilletant un magazine à l’aéroport, je suis tombé sur un reportage photo sur les Montagnes maudites. Cette chaine de montagne traverse l’Albanie, le Kosovo et le Monténégro non loin de ma ville d’origine, Sarajevo. J’avais initialement prévu de retrouver ma mère à Dubrovnik, en Croatie, avant de traverser tranquillement l’Albanie jusqu’au lac d’Ohrid, en Macédoine du Nord. Mais ces images des Montagnes maudites m’ont fasciné et j’ai réussi à convaincre ma mère de faire un « petit détour ». C’est du moins comme cela que je lui ai vendu l’idée.

 

 

J’ai toujours été très attiré par les montagnes et j’ai débuté la photographie au milieu des paysages grandioses du nord-ouest pacifique des États-Unis. Je suis né et j’ai grandi à Sarajevo, en Bosnie. C’est au milieu des années 90, après qu’une guerre sanglante a dévasté mon pays, que j’ai déménagé aux États-Unis. Cela fait maintenant presque vingt ans que je suis photographe professionnel et cette activité m’a emmené aux quatre coins du monde. C’est ainsi que je me suis retrouvé à traverser le Monténégro avec ma mère avant de passer la frontière albanaise.

 

 

Après avoir paisiblement traversé la campagne albanaise, la route a commencé à grimper vers les montagnes. En quelques heures, la chaussée sur laquelle nous roulions s’est transformée en un sentier rocailleux où la conduite était très difficile. Il nous a fallu environ quatre-vingt-dix minutes pour faire 10 km. Nous nous sommes arrêtés et avons envisagé de faire demi-tour : le voyage était très physiquement très éprouvant pour nous deux. Une autre voiture est alors passée. Ses occupants semblaient bien connaître la route et nous ont affirmé que ce passage difficile était bientôt terminé. Nous avons décidé de les croire sur parole et de continuer. Cela en valait la peine.

 

 

Nous avons alors découvert des paysages spectaculaires, où le bleu paraissait au milieu des nuages qui s’accrochaient aux sommets. La route est alors descendue vers une vallée où nous avons trouvé le village de Theth. 12 familles y vivent, coupés du monde la moitié de l’année. Nous y avons croisé des enfants qui jouaient au volley-ball près de l’ancienne église. Leur anglais était excellent et ils nous ont guidé vers un restaurant du village. Nous nous sommes assis et avons profité du soleil et des montagnes qui se dressaient autour de nous tout en dégustant un plat local, une soupe aux légumes et au citron. Ce sont ces moments, la découverte de ces paysages vierges, qui me font réaliser la chance que j’ai de pratiquer ce métier. Il existe peu d’endroits où j’aimerais revenir, car j’aime découvrir de nouveaux endroits. Mais Theth et les Montagnes maudites en font certainement partie.