Terell Lloyd – Du supporter au professionnel

49ers Training CampBasé à San Francisco, le photographe Terrell Lloyd s’est construit une solide réputation dans la photo de sport professionnel et universitaire. Il travaille actuellement pour les San Francisco 49ers, où il occupe le poste de directeur de la photographie et photographe principal de l’équipe. Il a collaboré régulièrement avec la franchise depuis 1996 avant de devenir responsable de l’ensemble des missions photographiques liées à l’équipe.

 

Tous les photographes connaissent l’importance de la lumière lors de la capture d’une image. Cet aspect transcende tous les genres photographiques, même la photo de sport. Terrell Lloyd, directeur de la photographie et photographe officiel principal de la franchise NFL des San Francisco 49ers, évoque avec nous son travail et son rapport à la lumière lorsqu’il compose ses images.

 

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la photographie ?

 

C’est assez drôle. J’ai toujours aimé la photographie, mais ce n’est qu’assez tardivement que j’ai envisagé d’en faire mon métier. J’ai commencé au lycée. Mais je nourrissais également une passion pour la technologie, à l’époque, et c’est dans ce domaine que je voulais faire carrière. J’ai travaillé dans ce secteur pendant 20 ans. C’est durant cette période qu’un ami m’a demandé de prendre quelques photographies lors de son mariage. C’est cet épisode qui a remis la photographie dans ma vie.

 

J’ai photographié le mariage de mon ami. Puis le bouche à oreille a fonctionné et j’ai commencé à travailler sur d’autres petits mariages. Comme j’avais renoué avec mon intérêt pour la photographie, j’ai adhéré à un groupe de photographes, le PPGBA (Professional Photographers of the Greater Bay Area) basé près de chez moi, à San Francisco. Nous nous retrouvions une fois par mois. C’est là que j’ai rencontré Abel Sanchez, qui m’a donné de nombreux conseils sur la photographie de mariages. Mes images se sont grandement améliorées. C’est également à cette époque que la société qui m’employait a commencé à me demander de photographier différents événements d’entreprise. Cela m’a mené vers d’autres contrats. Mon retour vers la photo a donc été assez progressif.

 

 

Comment êtes-vous passé de la photographie de mariages et d’événements à la photo sportive ?

 

Le sport et la photographie sont deux de mes passions. Travailler ce genre particulier apparaissait donc comme une évidence. Je suis né à San Francisco et, dès l’enfance, j’ai été un fan inconditionnel des 49ers. Je livrais des journaux et j’avais l’habitude de découper les photos de l’équipe pour m’en faire des albums.

 

En 1981, je me suis abonné au stade pour voir les matches de 49ers. Mon siège se situait à 10 rangées du terrain. À l’époque, il était possible d’amener son appareil photo avec soi. C’est ce que je faisais, avec des objectifs 300 mm et 70-200 mm. Aux alentours de l’année 1994, je me suis mis à fréquenter le restaurant qu’avait ouvert un ancien joueur. Nous sommes devenus amis. Il s’est mis en tête de me faire accéder au terrain pour prendre des photos. Il m’a donc mis en contact avec le directeur de la communication des 49ers et m’a obtenu un passe. Être au bord du terrain pour prendre mes photos était une expérience incroyable, et j’ai été immédiatement conquis. À partir là, je me suis mis à appeler le directeur de la communication toutes les semaines pour obtenir un emploi. Mais il me répondait toujours qu’il n’avait pas de disponibilités. J’étais toujours salarié à plein-temps de mon entreprise. Mais j’ai malgré tout pris un contrat à temps partiel avec un petit magazine pour couvrir les matches tous les week-ends. C’est comme ça que j’ai pu obtenir une accréditation permanente.

 

Mon objectif était de faire de cette activité mon métier. Cette profession n’existait pas lorsque j’ai commencé : les photographes qui travaillaient au bord du terrain étaient tous à temps partiel. Mais mon expérience dans le monde des technologies m’a permis d’anticiper l’avenir de la photographie : Internet était en train d’arriver et le numérique était sur le point de tout changer. Je m’y suis donc pris très tôt : en 1996, j’ai acheté mon premier appareil numérique, un appareil 2 mégapixels Canon DCS520 qui m’a coûté 12 000 $. Le coût était élevé, mais c’est ce qui m’a permis de commencer à travailler avec les 49ers.

 

Quelles sont les qualités nécessaires à un bon photographe sportif ?

 

Il faut bien connaître le sport pour comprendre comment capturer l’action. C’est vrai pour tous les sports, au-delà du seul football américain. Il est capital de pouvoir anticiper la suite d’une action. C’est comme ça que vous pouvez décider de ce que vous allez capturer et de l’angle que vous allez choisir. Est-ce une phase de course ? Une phase de passe ? Le quarterback va-t-il intervenir ? Cette maîtrise demande du temps et de l’entraînement. Mais c’est le cas pour tous les métiers : seule la pratique, encore la pratique, toujours la pratique, permet de progresser. À mes débuts, j’ai étudié les images d’autres photographes sportifs que j’admirais pour déterminer ce qu’ils recherchaient dans leurs prises de vue. Je discutais également avec les entraîneurs pour me mettre à leur place et voir ce qu’ils regardaient sur le terrain. Avec le temps, mes images se sont améliorées à mesure que mon sens du timing se renforçait. Dans le domaine du sport c’est un élément clé, avec la technique et un brin de chance.

 

 

Quel est l’aspect le plus difficile de la photographie sportive ?

 

L’un des aspects les plus compliqués est de capturer l’image emblématique. Il ne s’agit pas toujours d’une action de jeu. Beaucoup d’émotions s’expriment sur le terrain et dans les tribunes. Capturer le regard d’un joueur peut parfois en dire plus sur le match qu’une image prise dans le jeu.

 

L’autre aspect difficile est la maîtrise de la lumière. Il me semble avoir un rapport à la lumière assez différent de celui des autres photographes sportifs. Il y a quelques années, j’avais pris des cours de portrait en situation avec l’une des meilleures portraitistes de la région de San Francisco, Lori Rose. Elle m’a appris à accorder une grande importance à la lumière, et particulièrement à sa direction et à sa provenance. Aujourd’hui, lorsque je photographie un match, je me pose systématiquement la question de ma position vis-à-vis de la lumière. Où me placer pour obtenir la meilleure image par rapport à la source lumineuse ? Je parle assez souvent de cet aspect lorsque j’enseigne moi-même.

 

Quel est votre processus de travail lors d’une prise de vue ? Que recherchez-vous ?

 

Chaque match est à la fois différent et similaire. Qu’ai-je envie de capturer ? Quel est mon axe de départ ? Où vais-je arriver ? À mes débuts, j’étais seul et je devais couvrir l’ensemble du terrain. Je planifiais donc mes points de vue de départ et de fin. J’ai aujourd’hui une équipe que je peux diriger. Mon travail est donc un peu plus simple, mais il reste assez dynamique. Je me déplace à divers endroits et je dois dire aux photographes que je dirige : « Quand je me déplace ici, tu te déplaces là » pour couvrir l’ensemble des angles.

 

Whats In My Photography BagUn jour de match, j’utilise 5 appareils et 9 objectifs. Cela peut paraître beaucoup, mais cela se justifie : je capture beaucoup d’images différentes avant même que le coup d’envoi soit donné. Les activités d’avant-match, le vestiaire, le banc de touche, la photo de groupe, les détails… Nous prenons également des images pour le marketing, les sponsors, la direction, la fondation, la communication, les relations communautaires, etc. Parmi les appareils et objectifs que j’utilise, on peut citer les Canon 600 mm F/4L IS III, 400 mm f/2,8L IS III, 300 mm f/2,8L IS II, 70-200 mm f/2,9L IS III, 24-70 mm f/2,8L II, 16-35 mm f/2,8L III, 11-24 m f/4L, 85 mm f/1,4L et un fish-eye 8-15 mm f/4.

 

Le Superbowl est-il différent des autres événements sportifs ?

 

Le Super Bowl est très intense. Beaucoup de photographes sont présents et l’espace est très limité. Il faut tout planifier à l’avance. Lors du Super Bowl de cette année, je me suis équipé de 4 appareils au lieu de 5 et d’un objectif 200-400 mm au lieu d’un 300 et d’un 400. Il est particulièrement important de savoir là où vous voulez aller. Vous devez donc disposer de l’objectif adapté à l’endroit et à l’image que vous voulez obtenir.

 

Qu’est-ce qui fait une bonne image, selon vous ?

 

Lorsque je saisis une image emblématique ET qu’elle est parfaitement nette. Je veux obtenir la bonne exposition sur le moment, pas en post-production. Si l’image est bonne mais qu’elle n’est pas parfaitement nette, je ne l’utilise pas.

 

 

Avez-vous un état d’esprit différent, un genre d’« objectif mental », selon que vous photographiez un mariage ou un match ?

 

C’est assez drôle quand on y pense, mais mes photos de mariage se sont largement améliorées à mesure que je me mettais à la photographie sportive. C’est sans doute ce besoin d’anticiper l’action qui m’a aidé. Lorsque vous photographiez un match, votre champ de vision est très large, vous avez beaucoup de choses à voir et vous devez déterminer précisément sur quoi vous concentrer. Si c’est le quarterback, par exemple, vous devez rechercher l’action et la réaction – car chaque action a une réaction. Le quarterback effectue sa passe (c’est l’action) et le receveur répond (réaction), le public répond (réaction)… Même le quarterback réagit à sa propre action. Vous devez donc vous concentrer d’autant plus sur ce que vous voulez capturer. De ce point de vue, les mariages ne sont pas très différents. Chaque action offre une réaction. Le couple échange ses vœux (action) et cela suscite une réponse d’eux-mêmes et de leurs invités (réaction). C’est dans cet espace que ce situe la prise de vue.

 

Avez-vous une photo préférée ?

 

L’un de mes clichés préférés a été pris avant même que je travaille pour les 49ers, à l’époque où je photographiais depuis les tribunes. Joe Montana a toujours été l’un de mes joueurs préférés. Il avait été longuement absent pour cause de blessure. Lorsqu’ils l’ont laissé jouer à nouveau, j’ai su qu’il s’agissait de son dernier match. J’ai pris une photo de lui en train de faire une passe de touchdown vers Brent Jones. Joe remonte le terrain et fait l’une de ses passes fétiches à Brent. C’est ce moment que j’ai capturé. C’est toujours l’une de mes photos préférées aujourd’hui. J’ai toute une série d’images de Joe à l’échauffement, puis j’ai l’image de cette passe gagnante.

 

 

Et avez-vous des images manquées qui vous restent en tête ?

 

Je me souviens avoir manqué une passe de touchdown vers Terrell Owens, juste devant moi. Steve Young était notre quarterback. Il a reculé pour passer mais a trébuché légèrement. J’ai cru qu’il allait tomber, mais il a lancé sa passe et j’ai pensé qu’elle allait sortir du terrain. J’avais tort. La balle a eu une trajectoire étrange vers le bas et avant même que je ne le réalise, Terrell Owens l’avait attrapée et marqué le touchdown de la victoire. Je n’avais même pas eu le temps de lever mon appareil photo. Je m’en suis voulu pendant près d’un an. Bill Fox, qui est une légende de la photographie sportive, disait souvent qu’il fallait toujours être prêt à capturer une image dans sa zone. Savoir où on se situe et être parfaitement préparé, avec le bon appareil et le bon objectif.

 

Quels conseils donneriez-vous aux futurs photographes ?

 

Lorsque j’enseigne, le premier élément dont je parle est la lumière. Je demande à mes élèves de se positionner d’un côté du terrain, puis d’aller de l’autre côté et d’observer l’éclairage. Quelles sont ses caractéristiques ? Quelles sont ses différences ? D’un côté ? De l’autre ? À gauche ? À droite ? Quelle lumière à quel moment de la journée ? Comment va-t-elle évoluer ? Et la nuit, avec ses éclairages artificiels ? Il faut prendre tous ces éléments en compte. L’autre conseil que je donnerais serait de comprendre parfaitement l’ISO, l’ouverture et la vitesse d’obturation lors du réglage de son appareil. Parfois, je demande à mes élèves de prendre une photo, d’ajuster leurs réglages et de reprendre la même photo. Ils peuvent ainsi constater par eux-mêmes les différences et leur impact sur l’image finale.

 

Cela peut s’avérer difficile. Vous devez d’abord apprendre à voir avant de savoir comment réagir. Apprenez à faire les réglages sur l’appareil pour minimiser le travail en post-production. Je conseille souvent à mes étudiants de préférer la sous-exposition à la surexposition. Il est toujours préférable d’avoir une image sous-exposée d’un tiers plutôt que surexposée dans les mêmes proportions. Une image sous-exposée peut-être corrigée a posteriori. Mais si elle a été exposée trop longtemps, certains détails seront absents sans possibilité de correction.

 

 

Quel rôle tient l’étalonnage des couleurs dans votre travail ?

 

L’expérience vous offre une compréhension profonde de votre appareil et de son fonctionnement. Je connais les différences entre l’image affichée sur mon appareil et celle qui apparaîtra sur mon écran. Mais, malgré tout, rien ne remplace l’étalonnage pour obtenir une précision parfaite des couleurs. Cet aspect est particulièrement important lorsque j’imprime mes photos, comme lors d’une exposition. Il ne suffit pas d’être « proche ». Les couleurs doivent être parfaites.

 

Quel appareil vous intéresse particulièrement en ce moment ?

 

J’ai eu tous les exemplaires de la gamme phare de Canon depuis les débuts du numérique en 1996. Je travaille aujourd’hui avec le nouveau Canon 1DX Mark III. Pour moi, il est révolutionnaire. Avec le nouveau capteur CMOS de Canon USA et le processus d’image DIGIC X, le suivi, la qualité et les couleurs apparaissent de façon incroyable. Ces éléments et d’autres font du 1DX3 un appareil d’élite. Associé à un étalonneur comme le SpyderX, il offre des images extraordinaires à l’écran.